La huitième édition de l’évènement annuel du Groupe Enfance « Objectif Enfance » portant sur les droits de l’enfant dans les contextes de crise a été organisée en collaboration avec la Délégation aux droits des enfants dans le cadre de la semaine des droits des enfants à l’Assemblée nationale le jeudi 23 novembre 2023.

 

Les enfants : premières victimes des crises

L’événement a été accueilli par Perrine Goulet, Députée et Présidente de la Délégation aux droits des enfants, qui a rappelé que les enfants sont les premières victimes des crises multisectorielles et la nécessité d’aborder les enjeux de promotion et de protection des droits des enfants au sein de l’Assemblée nationale. Dans la continuité, Chrysoula Zacharopoulou, Secrétaire d’Etat chargée du développement, de la francophonie et des partenariats internationaux au sein du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, est revenue sur les multiples crises actuelles, les enjeux majeurs que constituent les droits de l’enfant dans ces contextes et les engagements de la France en la matière. Enfin, Thierry Mauricet, Co-président de la Coordination Humanitaire et Développement (CHD) et Directeur général de Première Urgence Internationale, a présenté la CHD, le Groupe Enfance ainsi que son évènement annuel Objectif Enfance.

De gauche à droite : Perrine Goulet ; Chrysoula Zacharopoulou ; Thierry Mauricet.

L’événement a été modéré par  Michèle Peyron, Députée et vice-présidente de la Délégation aux droits des enfants ainsi que Vanessa Martin, co-référente du groupe de travail plaidoyer du Groupe Enfance et responsable plaidoyer et prises de parole publiques à Action Education.

De gauche à droite : Vanessa Martin ; Michèle Peyron

 
La réalisation des droits de l’enfant : une responsabilité commune

La première table-ronde a été riches en interventions : organisations de la société civile, parlementaires et enfants ont pris la parole pour mettre en exergue la responsabilité commune d’assurer la réalisation des droits de l’enfant.

De gauche à droite : Vanessa Martin ; Michèle Peyron, Mahieddine Khelladi ; Anne Bideau ; Lucile Grosjean ; Farah Malek-Bakouche ; Eleonore Caroit ; Hubert Julien-Laferrière

Tout d’abord, Mahieddine Khelladi, Directeur exécutif du Secours Islamique France et Anne Bideau, Directrice générale de Plan International France, ont porté la voix et les recommandations du Groupe Enfance. Présentant quelques chiffres clés sur les contextes de violations des droits des enfants et l’impact des crises multisectorielles sur leur résilience et plus largement sur la société, Mahieddine Khelladi a rappelé la nécessité d’adopter une approche intersectionnelle et holistique des droits de l’enfant, essentielle pour assurer leur effectivité. Anne Bideau a quant à elle rappelé les cadres légaux et politiques de référence, tant au niveau international (Convention internationale relative aux droits de l’enfant) que national (loi de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales – LOP-DSLIM – intégrant les droits des enfants comme priorité transversale). Le manque de moyens financiers alloués aux droits de l’enfant et l’absence de mention des droits de l’enfant comme objectif politique prioritaire du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) et du Conseil Présidentiel pour le Développement (CPD) ont néanmoins été questionnés. Enfin, il a été rappelé que le renouvellement de la stratégie humanitaire de la France (en cours au moment de l’événement – NDLR) devait être une opportunité à saisir afin de considérer les droits de l’enfant de façon globale et d’en faire une priorité de l’action humanitaire française.

Suite à cette mise en contexte, la parole a été donnée à Lucile Grosjean, Directrice communication, plaidoyer et programmes d’UNICEF France, qui a présenté le mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les violations graves commises contre les enfants en période de conflit armé.  Après avoir rappelé que le mécanisme avait été mis en place par le Conseil de sécurité des Nations unies et défini des violations graves, Lucile Grosjean a souligné l’importance de la sensibilisation aux risques et du suivi de réintégration et réinsertion des enfants victimes de ces violations ainsi que la nécessité de renforcer les mécanismes existants pour assurer une meilleure protection aux enfants.

De gauche à droite : Anne Bideau ; Lucile Grosjean ; Farah Malek-Bakouche

Dans la continuité, Farah Malek-Bakouche, Responsable des partenariats à Save The Children France, a rappelé la responsabilité politique des parties aux conflits à ne pas commettre de violations graves et la responsabilité de tous les autres acteurs à remédier à ces violations. Avant d’illustrer ses propos par quelques exemples d’actions menées par son organisation, elle a rappelé les facteurs et risques de protection, et souligné la nécessité d’adopter des approches multisectorielles et holistiques pour répondre aux vulnérabilités des enfants via l’accès à des services multiples. Pour conclure, Farah Malek-Bakouche a rappelé qu’il appartient aux décideurs politiques d’offrir leur soutien, y compris financier, aux programmes de terrain menés avec les communautés.

Le rôle des parlementaires a également été mis en évidence par le biais des interventions d’Eléonore Caroit, Députée et vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères, et de Hubert Julien-Laferrière, Député et membre de la Commission des Affaires étrangères.

La Députée Eléonore Caroit a souligné l’importance de la diplomatie parlementaire et la coopération interparlementaire pour se saisir du sujet des droits de l’enfant tandis que le député Hubert Julien-Laferrière a insisté sur le rôle de vote des lois et de contrôle des politiques publiques des parlementaires. Illustrant ses propos par un exemple de mobilisation regroupant 5 parlements européens, il est également revenu sur ses engagements, notamment en faveur des enfants français en Syrie.

De gauche à droite : Eleonore Caroit ; Hubert Julien-Laferrière

Assurer la réalisation des droits des enfants dans les contextes de crises

La deuxième table ronde a permis au Groupe Enfance, représenté par Mahieddine Khelladi et Anne Bideau, de partager ses recommandations en faveur d’une meilleure prise en compte et réalisation des droits de l’enfant. Ceci inclut notamment la nécessité de prioriser les droits de l’enfant dans la stratégie humanitaire de la France, dans sa politique de solidarité internationale et dans son aide publique au développement, et d’assurer leur réalisation effective en impliquant tous les acteurs, en particulier le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et les parlementaires.

Anne Bideau est revenue plus spécifiquement sur la nécessité de davantage mettre en pratique le principe de participation en soulignant que malgré des avancées intéressantes, ce droit était encore trop peu mis en place en contexte de crise. Cette lacune a pour conséquences de négliger les besoins et risques spécifiques des enfants, notamment des filles, dans les réponses aux crises et de les rendre absents des politiques humanitaires.

Afin de démontrer l’intérêt de déployer des projets intégrant une approche fondée sur les droits de l’enfant, prenant notamment en compte la participation des enfants, les ONG PARTAGE et ECPAT France ont présenté des projets menés à Haïti et au Burkina Faso.  Le projet de PARTAGE mené à Haïti avec l’association ADEMA a pour objectif l’accès à une éducation fondamentale publique de qualité pour toutes et tous par la revalorisation des écoles nationales dans le district scolaire de Jean-Rabel. Le projet « Mobilité Protégée » d’ECPAT France vise, quant à lui, à protéger les enfants, à risque de traite ou d’exploitation, en mobilité dans 5 pays d’Afrique de l’Ouest.

De gauche à droite : Vanessa Martin ; Mme Michèle Peyron ; Mahieddine Khelladi ; Anne Bideau ; Yolaine Guérif ; Maxime Hugeux

 

Des témoignages et recommandations d’enfants et de jeunes ont par ailleurs été mis en lumière tout au long de l’évènement.

Ainsi, dans une vidéo réalisée par Vision du Monde, Desiree, une jeune fille enrôlée de force dans un groupe armé au Soudan du Sud partage sa réalité et appelle la communauté internationale à répondre aux besoins des enfants dans des situations similaires ou vivant en contexte de conflit.

Oleksandr et Kamila, deux jeunes ukrainiens accompagnés par SOS Villages d’Enfants France, ont quant à eux témoigné de leurs parcours respectifs. Oleksandr a fait part de la violation de nombreux droits durant la guerre en Ukraine et a évoqué ses difficultés dans son parcours administratif et scolaire en France. Kamila, quant à elle, a insisté sur la réalisation de ses droits en France, sa volonté de s’intégrer et de poursuivre de son futur.

Enfin, Sadia Madi, activiste camerounaise pour la paix et les droits humains, est intervenue via un enregistrement vidéo réalisé par Plan International France, au cours duquel elle revenue sur la situation au Lac Tchad et a partagé son expérience et les actions de son association dans la lutte contre l’enrôlement des jeunes et la promotion de la consolidation de la paix et insisté sur la participation des jeunes et ses défis en contexte de crise et conflits.

 

Pour en savoir plus retrouvez : 
- La transcription des échanges sous forme de compte-rendu.
- La présentation diffusée lors de l’événement.
- Les vidéos des jeunes internevenants: Sadia Madi, activiste camerounaise pour la paix et les droits humains ; Desiree, une jeune fille anciennement enrôlée de force dans un groupe armé au Soudan du Sud ; Osiris et Zeimatou, enfants champions du projet « Mobilité Protégée » en Afrique de l’Ouest d’ECPAT France
- Les actions et positions du Groupe Enfance sur les droits de l’enfant en contexte de crise.

 

GALERIE PHOTOS 

© Rémi Santiard (SIF) / Groupe Enfance

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