Sauvegarde de l’enfant :

Croiser les expériences, renforcer les engagements 

 

Jeudi 20 novembre 2025, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant, le Groupe Enfance a organisé la 10ème édition de son événement annuel Objectif Enfance. 

 

Pour cette nouvelle édition, le Groupe Enfance a réuni une quarantaine d’actrices et acteurs opérationnel.le.s pour un évènement pensé comme un espace de partage de pratiques entre pair.e.s autour d’un sujet majeur, au cœur des actions en faveur des enfants et de leurs droits : la politique de sauvegarde de l’enfant (PSE). La PSE constitue en effet un enjeu central pour toutes les ONG et notamment pour les organisations membres du Groupe Enfance qui se réunissent régulièrement à travail des échanges de pratiques sur le sujet depuis 2022.

 

Introduction : comprendre et renforcer la sauvegarde de l’enfant

Laure Etcheto, référente du groupe de travail « Echanges de bonnes pratiques » du Groupe Enfance, a introduit la matinée en soulignant que les politiques de sauvegarde de l’enfant (PSE) constituent un enjeu central pour l’ensemble des acteur.rice.s de la solidarité internationale, qu’elles aient ou non pour cœur de mission l’enfance.  

Elle a souligné que la PSE constitue à la fois un pilier de l’approche fondée sur les droits de l’enfant et un outil indispensable pour prévenir tout risque de préjudice envers les enfants dans les projets et programmes. 

Dans la continuité, Berinuy Naomi Kibula, spécialiste protection de l’enfance et sauvegarde des jeunes et responsable de programmes Afrique au sein de l’organisation de référence en matière de sauvegarde de l’enfant, Keeping Children Safe, a présenté les fondamentaux et les composantes clés d’une politique de sauvegarde efficace. 

Keeping Children Safe, est une coalition internationale créée en 2002 et une référence mondiale en matière de sauvegarde de l’enfant. KCS accompagne des centaines d’organisations à travers le monde en développant des normes internationales, des outils pratiques et des formations destinées à renforcer la sécurité des enfants dans les programmes humanitaires et de développement. 

Berinuy Naomi Kibula a rappelé que la PSE décrit « la manière dont une organisation s’engage à prévenir et à répondre de manière appropriée aux préjudices causés aux enfants. Elle reflète les droits des enfants à la protection contre les abus et l’exploitation, tels que décrits de la Convention internationale des droits de l’enfant »  

Une politique efficace repose sur plusieurs composantes essentielles :  

  • Un engagement clair à protéger les enfants 
  • La reconnaissance des risques auxquels les enfants peuvent être exposés 
  • Inclut la mise en place de mesures de prévention adaptées 
  • L’établissement de procédures de signalement claires et accessibles 
  • La responsabilité et le suivi de la procédure mise en place

C’est sur ce dernier point qu’elle a particulièrement insisté, en soulignant que la sauvegarde repose sur une responsabilité commune entre les organisations, les praticiens et les États, afin de garantir que toute action menée ne porte aucun préjudice aux enfants. 

Les Etats en particulier ont un rôle crucial, ils doivent mettre en place un cadre juridique protecteur, intégrer la sauvegarde dans leurs politiques de coopération, et s’assurer que les organisations qu’ils soutiennent disposent de dispositifs robustes. Ils doivent aussi prévoir les ressources nécessaires et veiller au suivi régulier des mesures mises en place. 

La sauvegarde est ainsi un effort collectif qui engage l’ensemble des acteur.rice.s à créer des environnements réellement sûrs pour les enfants. 

 

Des ateliers pour renforcer la pratique et la culture commune de la PSE 

A la suite de ce temps introductif, deux sessions de trois ateliers - chacun animés par des membres du Groupe Enfance – ont permis d’alimenter la réflexion collective, de s’inspirer des expériences de chacun.e, de mutualiser les forces et de consolider une culture partagée de la sauvegarde de l’enfant.  

Atelier 1 : Élaborer sa politique de sauvegarde : partage d’expérience 

Animé par Marie Benketaf et Cécile Héry de PARTAGE avec les enfants du monde 

 

À partir d’une frise chronologique, les participant·e·s ont reconstitué les principales étapes du processus d’élaboration de la PSE, sur la base de l’expérience de l’ONG Partage qui a construit cette politique sur cinq années en impliquant de multiples parties prenantes. 

 

 

Les intervenantes ont partagé les enseignements clés tirés de ce travail, parmi lesquels :

  • L’importance d’un engagement fort du conseil d’administration mobilisé dès les premières étapes;
  • Une co-construction avec salarié·e·s, bénévoles et partenaires pour garantir l’appropriation ; 
  • Un travail pédagogique approfondi sur les procédures (code de conduite, mécanismes d’alerte) ; 
  • L’acceptation d’un processus non linéaire, rythmé par des avancées progressives ;
  • L’intérêt d’un accompagnement externe pour dépasser les points de blocage rencontrés ;
  • La nécessité de définir clairement le périmètre de la politique avec les partenaires ; 
  • La mise en place d’espaces d’échanges et d’un accompagnement sur-mesure, permettant à chaque partenaire de développer une politique robuste, réellement protectrice pour tous les enfants.

 

Atelier 2 : Permettre l’appropriation de la PSE par ses équipes et partenaires  

Animé par Jeanne Véronique Le Guellec de Asmae – Association Sœur Emmanuelle et Maria Skvortova de Plan International France  

L’atelier a d’abord débuté par un débat mouvant permettant de revisiter de manière dynamique les notions fondamentales de la PSE, notamment la distinction entre sauvegarde (interne à l’organisation) et protection (visant l’environnement externe). 

La seconde partie a illustré la mise en œuvre concrète de la politique de safeguarding (PSE) de Plan International France qui s’applique aussi bien aux enfants qu’aux jeunes jusqu’à 24 ans. 

Les intervenantes ont ainsi présenté l’ensemble du processus mis en place lors de la venue en France d’une jeune activiste du Soudan du Sud, invitée à participer à un événement de plaidoyer. 

Ce protocole de sauvegarde est préparé plusieurs mois en amont (analyse des risques, mesures de prévention, sensibilisation des équipes et information des jeunes). Pendant l’événement de plaidoyer, un livret d’accueil, des briefings et une attention portée au bien-être des participant·e·s ont permis d’assurer une participation sûre de la jeune femme issue de la délégation. Un suivi post-événement a ensuite été réalisé, incluant un bilan et une veille sur la communication diffusée.

Cet exemple a permis de mettre en lumière les exigences d’un accompagnement sûr, l’importance de formaliser les processus, les rôles et les mécanismes de signalement, ainsi que la nécessité d’une communication claire auprès des jeunes accompagné·es, des équipes encadrantes et des partenaires – des exigences et procédures qui restent les mêmes lorsqu’il s’agit d’un enfant.

 

Atelier 3 : Développer des outils et des pratiques de PSE adaptés aux enfants  

Animé par Adrien Brault de World Vision France et Mickaela Churchill du Secours Islamique France.  

Cet atelier a rappelé un principe essentiel : une politique de sauvegarde n’est réellement efficace que si les premiers concernés, à savoir les enfants, peuvent la comprendre et s’y retrouver.  

Autrement dit, une politique de sauvegarde adaptée aux enfants est nécessaire et implique d’élaborer des documents, des pratiques et des outils pensés avec et pour les enfants, afin qu’ils et elles puissent connaître les responsabilités de l’organisation vis-à-vis d’eux.elles, connaître leurs droits, et savoir comment et à qui s’adresser s’ils.elles ont des préoccupations ou des problématiques à faire remonter. 

Cela implique notamment d’adopter un langage simple, compréhensible et illustré, des supports et des mécanismes accessibles et adaptés à l’âge, à la maturité et aux contextes locaux dans lesquels évoluent les enfants, la mise en place de mécanismes de signalement compréhensibles, sûrs et sécurisés. 

De plus une éducation et une sensibilisation continues sont nécessaires : l’éducation permet de comprendre ses droits et les comportements appropriés ou non, tandis que la sensibilisation vise à faire connaître la PSE et ses mécanismes. 

Par ailleurs, les animateur.ice.s ont rappelé que la participation des enfants est indispensable, voir même obligatoire pour élaborer et mettre en en œuvre une PSE qui leur est réellement adaptée. Les enfants doivent être associé à toutes les étapes – la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation – et leurs avis sur les situations à risque et les moyens d’y faire face doivent être pris en compte.  

Cette implication permet de développer des outils et documents pertinents, tout en renforçant leur compréhension de la PSE et leur confiance dans celle-ci. 

Afin d’illustrer ces propos, plusieurs exemples de supports ont été présentés : livrets PSE réalisés par une consultante spécialisée en communication pour enfants, boîtes de retour d’information et de plainte créées par les enfants, élaboration de supports éducatifs ludiques (chansons, théâtre de marionnettes). 

 

Restitution collective: les enseignements tirés 

À l’issue des ateliers, une restitution collective a permis de faire émerger les principaux enseignements partagés au cours de la matinée. Les participant·e·s ont ensuite été invité·e·s à noter sur des post-it ce qu’ils et elles retiennent de chacun des ateliers auxquels ils ont participé, ainsi qu’une action qu’ils souhaitent mettre en œuvre dans la continuité. 

Pour l’atelier 1, les participant.e.s ont en particulier retenu l’importance d’un portage politique fort, en particulier du Conseil d’administration, pour conduire une PSE de manière cohérente et partagée.

Pour l’atelier 2, l’exemple marquant ayant émergé était la nécessité de formaliser clairement les mécanismes de signalement, y compris dans la communauté, et de s’appuyer sur des évaluations de risques régulières.

Pour l’atelier 3, les participant·e·s ont souligné l’importance de co-construire des outils avec les enfants, en privilégiant des formats accessibles comme les BD, les jeux ou les boîtes de signalement. 

Enfin, les participant·e·s ont exprimé leur volonté de mettre en œuvre des actions concrètes : développer de nouveaux outils adaptés aux enfants, organiser des temps d’échange avec ces derniers, renforcer les formations internes ou encore porter un plaidoyer pour intégrer des financements dédiés à la sauvegarde.

Et après? 

Les échanges de cette édition alimenteront les travaux du Groupe Enfance, notamment la réflexion en cours autour d’un guide pratique PSE, en capitalisant sur les outils, retours d’expérience et enseignements partagés par les participant·e·s.

Pour aller plus loin :  

 
GALERIE PHOTOS 

 

© Mathilde Pannet / Groupe Enfance

Ces photos sont tous droits réservés.

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